Un col venteux en montagne a mis à l’épreuve tout mon paquetage de rando

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Au col du Lautaret, dans les Hautes-Alpes, à 2 058 m d’altitude, le claquement sec d’une sangle a couvert le vent, juste avant que ma gourde ne tape contre le flanc du sac. J’étais partie avec un sac chargé, des sangles de compression trop lâches, et l’impression que tout tenait parce que rien ne pendait franchement. Le souffle venait de travers, à 35 km/h, et la montée sentait déjà la sueur froide. Depuis près de Dijon, où je vis avec mes deux enfants à la campagne, je pars rarement légère, mais ce jour-là j’ai été convaincue que ça passerait.

Avant la montée au Lautaret, je croyais avoir tout prévu

En tant que cavalière de randonnée, j’ai appris à compter les kilos, les fermetures et les petits bruits qui annoncent un souci. J’étais sûre de moi, avec mon sac bien rempli pour une traversée d’une journée et une nuit annoncée plus haut. J’avais rangé la popote dehors, sous un élastique, parce que je pensais la reprendre vite. J’avais aussi laissé la housse de pluie prête, même sans nuage. moi qui pensais avoir retenu la leçon. Avec le recul, je vois surtout que je cherchais à gagner du temps au départ.

Je suis partie de bonne heure, vers 7 h 10, avec les doigts encore froids et la terre dure sous les semelles. Mon sac pesait plus de 10 kilos, et je sentais déjà la pression sur une épaule parce que la ceinture ventrale n’avait pas assez repris la charge. Je me suis retrouvée à resserrer une sangle deux fois avant même la crête, sans comprendre pourquoi le sac partait de côté. Le tissu battait à chaque bourrasque, et ce bruit m’a fait lever la tête plus d’une fois.

Je pensais que serrer un peu plus tard suffirait. J’ai aussi pensé que la housse de pluie ferait écran, même sèche. En réalité, les objets accrochés dehors ont commencé à vibrer, puis à frotter contre le tissu. Je sais que ce petit frottement finit par prendre toute la place dans la tête. Le sac n’avait pas l’air abîmé, mais il commençait déjà à travailler contre moi.

Je savais mon itinéraire simple, avec 1 h 20 annoncée jusqu’au passage le plus exposé. Pourtant, au bout de 12 minutes de montée franche, je respirais plus court qu’attendu. Le vent me glaçait les avant-bras, alors que mon dos restait mouillé. J’avais déjà remarqué ça à cheval, quand une veste trop ample bat et fatigue plus que le froid lui-même. Là, c’était pareil, mais sur les épaules. J’ai hésité à m’arrêter trop tôt, de peur de me refroidir d’un coup.

Quand le vent a pris le dessus

Le passage du versant abrité à la crête a beaucoup fait bouger les choses d’un coup. Le sac a tiré sur la gauche, et j’ai senti le poids partir de travers au moment exact où le tissu a claqué plus fort. La boue sèche des chaussures crissait, le vent entrait sous la nuque, et la sangle libre sifflait comme un fil tendu. Je me suis arrêtée une seconde, juste assez pour comprendre que je n’étais plus dans un simple souffle de montagne. Là-haut, le col ne pardonnait rien aux objets mal rangés.

J’ai entendu le cliquetis avant de voir le problème. Au début, je n’y ai pas prêté attention, parce qu’il se mêlait au bruit des bâtons et au frottement du tissu. Puis j’ai regardé le côté droit du sac, et la gourde n’y était plus. Elle avait glissé, puis disparu dans un repli du sentier, sans que la sangle extérieure ne casse. Je me suis penchée, j’ai fouillé du regard les herbes courtes, j’ai fait trois pas en arrière. Rien. Le pire, c’était ce silence soudain après le clac-clac continu.

Je me suis sentie bête, mais aussi agacée, parce que rien n’était déchiré. La housse de pluie, elle, gonflait par à-coups et venait taper dans les reins comme une petite voile mal tenue. Les sangles libres fouettaient le flanc du sac et accrochaient par moments mon mollet. J’ai vu le détail que j’avais raté au départ. Le vent ne cassait pas le matériel, il le faisait bouger jusqu’à le dérégler. Les objets dehors n’avaient pas résisté au balancement répété.

Au bout de cette montée, j’avais la peau qui brûlait un peu sur les joues et sur les mains. La sueur dans mon dos avait refroidi dès que je me suis arrêtée derrière une épaule du terrain. Le changement m’a saisie d’un coup, presque brutalement. J’ai ralenti, pas par prudence théorique, mais parce que mes épaules se sont mises à pincer. Le sac paraissait plus lourd qu’au départ, alors qu’il n’avait presque rien gagné en contenu.

Le plus pénible, c’était cette impression de bataille minuscule à chaque rafale. Je serrais les dents, puis le souffle revenait, puis un nouveau coup de vent me déportait d’un pas. Les objets dehors ne faisaient pas grand-chose de leur côté, et pourtant ils me coûtaient de l’énergie à chaque mètre. Pas terrible. Vraiment pas terrible. Je ne savais plus si je regardais la pente ou le sac, et c’était bien le signe que quelque chose tournait mal.

Après la perte de la gourde, j’ai tout réorganisé

J’ai posé le sac derrière un rocher et j’ai tout vidé avec les mains gelées. J’ai rentré la popote, la gourde de secours et la petite doudoune à l’intérieur, sans rien laisser dépasser. Puis j’ai serré les sangles de compression de trois crans, jusqu’à sentir le paquetage se tasser contre mon dos. Le changement s’est senti tout de suite. Le sac a cessé de ballotter, et le bruit des pièces libres a presque disparu. Le vent tapait encore, mais il prenait moins prise.

La housse de pluie, je l’ai repliée au fond. Elle ne servait à rien ce jour-là, et je la sentais déjà comme un piège si elle se mettait à gonfler. J’ai compris aussi que les objets lourds devaient rester contre le dos, pas pendus à l’extérieur pour gagner dix secondes. J’ai remis la gourde restante dans la poche interne, puis j’ai contrôlé chaque boucle avec les doigts. À 47 euros la gourde perdue, le rappel m’a piquée assez fort. Depuis, je préfère perdre un peu de rapidité au départ.

La marche est devenue plus nette, presque plus simple. Mon épaule a cessé de tirer au bout de quelques minutes, et ma respiration s’est calée. Je surveillais encore les petits signes, comme le froissement du tissu ou une sangle qui recommence à vibrer, mais sans cette gêne constante. J’ai aussi retenu une chose pour une prochaine sortie en bivouac. Une toile qui frissonne avant la rafale, ou qui claque faute de haubans, raconte la même histoire que mon sac. Quand l’entrée n’est pas tournée correctement, tout le reste fatigue plus vite.

Ce que je sais maintenant au bout du sentier

Je regarde maintenant les micro-vibrations avant de regarder la carte. Le petit tremblement d’une sangle libre, le tissu qui bat une fois, puis deux, me parlent plus vite qu’un grand discours sur le matériel. Le piège, c’est qu’on croit le sac tranquille parce qu’il ne tombe pas. En réalité, il se dérègle par secousses minuscules. Le vent use le portage par à-coups, et ce sont ces à-coups qui font glisser une gourde, desserrer une boucle ou fatiguer l’épaule. C’est là que j’ai vraiment compris la différence entre un sac compact et un sac juste fermé.

Je ne laisse plus rien dehors quand je passe un col exposé. La gourde perdue m’a servi de leçon, et la popote qui battait sous l’élastique m’a rappelé ce qu’un objet léger peut faire au mauvais endroit. J’ai aussi vu qu’une housse de pluie sans pluie peut devenir une vraie gêne, parce qu’elle se gonfle et tire sur les côtés comme une voile. Pour un passage rapide, ce n’est pas le poids qui m’embête le plus, c’est ce qui pend et qui vit sa propre vie dans le vent. Quand tout est rangé dedans, le sac suit mieux le corps.

Je n’ai pas tout testé dans toutes les montagnes, et je ne le prétends pas. Je sais seulement ce que j’ai ressenti au Lautaret, puis sur deux autres sorties où j’ai gardé le même principe. Pour quelqu’un qui accepte de tout rentrer dans le sac et de vérifier ses sangles à chaque pause, ce réglage m’a soulagée. Pour quelqu’un qui préfère laisser des éléments dehors, la montée reste pénible et les pertes arrivent vite. Si une douleur de dos ou d’épaule dure au retour, je laisse le sujet à un kiné, parce que là je n’ai pas envie de jouer à l’amatrice téméraire.

Je suis rentrée avec un sac plus calme et une humeur beaucoup plus sobre. Le nom du Lautaret m’est resté parce que c’est là que j’ai arrêté de croire qu’un paquetage se tient tout seul. Ce jour-là, je n’ai pas appris une grande théorie, juste un geste simple et un ordre de rangement. Depuis, je m’en tiens à ça, et je pars moins confiante au départ, mais bien plus tranquille une fois la crête en vue. Pour moi, c’est ce qui compte quand le vent prend le dessus.

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