Apprendre trop tard à lire la fatigue de ma monture m’a coûté une étape

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La fatigue de ma monture m’a sauté au visage dans la descente du chemin des Aulnes, juste avant le virage du gîte du Val d’Or. J’avais les yeux sur le GPS et pas sur ses épaules. Quand il a planté les pieds, j’ai compris trop tard que cette étape me coûterait 184 euros et une nuit .

J’ai laissé passer les premiers trébuchements sans y prêter attention

Je suis partie avec le groupe sur 31 km, sur un terrain dur, avec une chaleur qui montait déjà. Le début allait bien, trop bien même. J’ai suivi le train des autres sans regarder vraiment comment mon cheval se portait. En tant que cavalière de randonnée, j’ai déjà vu ce piège, mais ce jour-là j’ai fait comme si le rythme collectif pouvait effacer la fatigue. J’étais sûre de moi, et c’était mal placé.

Sur ce chemin caillouteux, chaque petit trébuchement semblait anodin, mais c’était comme si mon cheval me lançait un SOS que je refusais d’entendre. Son pas s’abrégeait petit à petit, sans arrêt net. Après la côte de la Fontaine-aux-Loups, il soufflait plus fort, puis repartait comme si de rien n’était. Sous la selle, la sueur perçait en plaques inégales. Je l’ai prise pour une simple saleté de journée. Pas terrible. Vraiment pas terrible.

Je me suis trompée sur un truc simple. Un cheval fatigué ne crie pas toujours. Il se ferme, il devient lourd dans la main, il se met sur les épaules, et je n’ai pas voulu lire ce changement-là. J’ai vu un cheval calme. Je n’ai pas vu un cheval déjà entamé. À la maison, avec mes deux enfants qui tournaient autour de la table, je préparais les fontes en pensant au soir, pas à ce que mon cheval me disait sous la selle.

Le coup de fatigue brutal qui m’a forcé à abandonner l’étape

La descente a tout cassé d’un coup. Quand il a refusé d’avancer en descente, le poids de son dos creusé sous la selle m’a frappée plus fort qu’un coup de massue : il était vidé, et moi aussi. Il a mis les épaules devant, a trébuché franchement, puis s’est arrêté net sur la pierre grise. J’ai mis pied à terre, et je l’ai senti marcher plus court dès que je l’ai remis en main. À ce moment-là, le GPS ne servait plus à rien.

À l’arrêt, ses flancs continuaient de battre longtemps après le silence du chemin. Je me suis sentie bête, surtout parce que son souffle restait haut alors qu’il ne faisait plus rien. Son dos, au lieu de rester rond et engagé, s’est creusé dès que j’ai repris la selle. La raideur ne venait pas d’une mauvaise humeur. Elle venait de la fatigue, et elle était déjà bien installée. J’ai attendu 17 minutes avant de le voir redescendre un peu, et ce n’était pas rassurant.

J’ai perdu une journée entière. On a posé le bivouac plus tôt, à l’ombre d’un talus près du hameau de la Borie, et j’ai dû couper 14 km du programme. Le groupe a continué sans moi. Moi, j’ai démonté les fontes dans un silence qui m’a saoulée. Le soir, j’ai passé plus d’une heure à refaire le tracé sur une carte froissée, alors que le téléphone restait muet. Je suis rentrée dans la cour du gîte du Val d’Or avec cette impression très bête d’avoir abîmé la journée pour rien.

Ce que j’aurais dû voir et faire avant que ça n’empire

Ce que j’aurais dû voir, ce n’était pas une grande alerte spectaculaire. C’était une suite de détails minuscules. La respiration ne redescendait pas, le pas perdait de l’amplitude, la sueur perçait en plaques inégales sous la selle, et les petits trébuchements revenaient sur le terrain dur. Je savais déjà que la fatigue pouvait se cacher derrière un cheval calme, mais je ne l’ai pas lue ce jour-là. Si ces signes avaient continué, j’aurais appelé une vétérinaire au bivouac.

  • la respiration qui reste haute après l’arrêt
  • le pas qui s’abrège avant que je le remarque
  • les petits trébuchements répétés en descente
  • la sueur en plaques inégales sous la selle
  • le cheval qui se met sur les épaules et devient lourd dans la main

Ce que j’aurais dû faire tenait à peu de choses. Des pauses plus tôt, une charge allégée, un vrai contrôle de la récupération avant de repartir, et un regard sur la locomotion au lieu de me laisser aspirer par la carte. Je n’avais pas besoin d’un discours savant. J’avais besoin de lever les yeux du GPS et de regarder mon cheval respirer. C’est simple à écrire. Sur le moment, je n’ai pas voulu le voir.

Ce que je sais maintenant et qui aurait changé la donne

Après plusieurs randos, j’ai fini par apprendre à lire la fatigue avant qu’elle ne me claque au visage. J’ai fini par comprendre, que le cheval parle bas, avec des détails que l’on rate quand on veut tenir le rythme. Des échanges avec des pros du terrain m’ont aidée à faire la différence entre un cheval simplement chaud et un cheval qui s’éteint. Ce n’est pas venu en une sortie. C’est venu après des kilomètres, et après des erreurs qui m’ont laissée sans excuse.

Un autre jour, dans le Morvan, j’ai hésité à continuer alors qu’il levait moins les pieds dans un passage de graviers. J’ai mis pied à terre, j’ai attendu, et il a gardé le souffle haut plus longtemps que prévu. Je me suis retrouvée à marcher à côté de lui pendant 2 kilomètres, et j’ai préféré ça à l’entêtement. Ce détour m’a évité une autre erreur, plus bête encore. J’ai compris, un peu tard je l’avoue, qu’un cheval qui se tait ne va pas toujours bien.

Depuis, j’ai changé ma façon d’habiller une étape. Je pars moins vite que le groupe, je laisse de l’air dans le planning, et je réduis la charge quand le terrain durcit. J’ai aussi appris à ne pas confondre pause et récupération. Le matériel compte, lui aussi, parce qu’une selle qui remue ou des fontes mal posées se lisent vite dans le dos. Avec mes deux enfants, quand ils m’aident à ranger le matériel à la maison, je leur montre ce détail-là. Un cheval propre en apparence peut déjà tirer la langue sous la sangle.

Ce que cette erreur m’a coûté et ce que je retiens pour toujours

Cette journée m’a coûté 184 euros et une fatigue que je n’avais pas prévue. Entre la nuit improvisée au gîte du Val d’Or, le foin pris sur place et le taxi du lendemain, la note a grimpé d’un coup. Le cheval a mis toute la nuit à retrouver une démarche souple, et moi j’ai gardé en travers de la gorge ce programme cassé. Je suis rentrée avec la sensation d’avoir payé cher un entêtement très moyen.

Mon regret le plus net, c’est d’avoir confondu un cheval calme avec un cheval reposé. J’ai voulu tenir la ligne, garder le groupe en vue, finir la montée suivante et sauver la journée. J’ai payé ce réflexe par un cheval éteint au bivouac, une selle qui marquait le dos, et une soirée à ruminer dans la lumière sale d’une lampe frontale. Si j’avais su lire ses petits trébuchements plus tôt, j’aurais coupé la route avant la cassure.

Pour quelqu’un qui accepte de couper une étape plutôt que de tenir le programme, cette erreur sert de rappel brutal. Les erreurs les plus fréquentes viennent d’une mauvaise lecture des signes de fatigue, pas d’un manque de courage. Quand le rythme, la charge et la récupération ne collent plus, le cheval le dit d’abord avec ses pieds et son souffle. Je l’ai appris devant la Croix-Blanche, avec un cheval vidé et une étape perdue. J’aurais préféré comprendre ça avant de laisser 184 euros et mon orgueil sur le chemin.

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