Dans la Combe à la Serpent, la poussière sèche m’a sauté au visage dès la première pente, et mon cheval a creusé son dos sous la selle. Je suis partie au pas, rênes longues, puis je me suis retrouvée à écouter son souffle au lieu du paysage. Quinze minutes plus tard, le sentier caillouteux sonnait sous les fers, et j’ai compris que cette côte ne se lirait pas au chronomètre.
Je ne m’attendais pas à ce que le dos soit le vrai signal d’alerte
à la campagne près de Dijon, et mes deux enfants. J’ai appris à caser mes sorties entre un cartable à fermer, une machine de linge et les heures qui filent. Je garde mes dépenses au plus juste, parce que l’entretien de la selle, les fers et les petits frais de terrain finissent toujours par peser, surtout quand je note ce que je vois sur les chemins de la Côte-d’Or.
Avant cette montée, je pensais que le vrai problème viendrait du souffle. Je regardais les flancs qui battent, la bouche qui s’ouvre, et je suivais surtout la respiration. Depuis mes années comme cavalière de randonnée, je m’attendais à une côte lisible, avec un pas régulier et une fatigue qui se montrerait tout de suite.
Je prêtais moins attention au dos. J’avais entendu qu’il fallait alléger la main, mais je regardais mal la raideur sous la selle et les appuis sur le sol dur. Sur les chemins pierreux autour de Dijon, je croyais que le souffle parlerait avant le reste, et je me suis trompée.
Quand je pars avec mes deux enfants sur des boucles courtes, je garde toujours une marge pour les arrêts, les portillons et les branches basses. Là, seule avec la selle, la pente m’a paru plus simple qu’elle ne l’était. J’étais sûre de moi, et c’est exactement là que la sortie a commencé à me remettre à ma place.
Je pensais aussi qu’une montée longue resterait surtout une affaire de souffle. Le rythme, la cadence et une main légère me semblaient suffire. Je n’avais pas encore compris qu’un cheval peut tenir debout, avancer encore, et déjà porter la fatigue dans le dos.
La montée où tout a basculé, entre souffle rauque et dos qui se crispe
La côte faisait un peu plus de 800 mètres. Le sol était sec, pierreux, et la pente ne cassait presque jamais. Je suis partie au pas, rênes longues, avec 20 °C dans l’air, puis j’ai vu très vite mon cheval s’emballer au début de la montée avant de raccourcir son pas.
Son souffle est devenu très sonore, avec les narines largement ouvertes et un rythme court qui heurtait mes propres épaules. J’ai senti le contact dans mes mains devenir plus lourd, comme s’il tombait sur l’avant-main. Le pas perdait de la poussée derrière, et sa tête montait d’un cran à chaque effort.
Le dos, d’habitude souple, s’est creusé légèrement sous la selle. J’ai senti cette raideur tout de suite, presque sous mes ischions, comme une défense discrète. Le cheval ne protestait pas franchement, mais son corps disait autre chose que sa bouche.
La sueur est apparue d’abord sous la selle et à la sangle, en plaques humides. L’encolure restait encore presque sèche, ce qui m’a frappée. Au toucher, la zone de portage était chaude, alors que le reste du cheval ne montrait pas encore tout.
J’ai essayé d’alléger ma position dans les étriers. Je me suis sentie bancale, parce que je ne maîtrisais pas assez ce petit transfert du bassin, et mon assise restait trop lourde. J’ai ralenti encore, mais la pente ne laissait presque aucune marge.
J’ai hésité à reprendre le trot au sommet, puis j’ai laissé tomber. Ce serait venu trop tôt, et je le voyais déjà se tendre à la seule idée d’une relance. Ce genre d’erreur, je l’ai déjà faite sur d’autres chemins, et je la paie à chaque fois dans la fin de sortie.
Au bout de 15 minutes, le problème ne ressemblait plus à un simple manque d’air. Son pas perdait la poussée derrière, et je voyais que la fatigue passait par la mécanique, pas seulement par la respiration. Ce n’était pas joli, et j’ai compris qu’une côte sèche pouvait user plus vite qu’une boucle plus longue mais plus souple.
Je sais aussi ce que j’ai raté au départ. J’étais partie trop vite dans la première partie de la montée, puis j’avais voulu garder la même cadence par habitude. Ce n’était pas une question de volonté, juste de mauvais tempo, et le cheval me l’a rendu dans le moindre détail.
Le moment où j’ai vraiment compris ce qui clochait et ce que j’aurais dû faire
Au milieu de la côte, j’ai arrêté de lui demander plus. J’ai passé les rênes en main et je suis descendue pour marcher à côté de lui. Là, j’ai été frappée par ses flancs qui battaient encore fort, alors que son dos restait figé sous la selle.
C’est là que j’ai compris que l’épuisement n’était pas seulement respiratoire, mais aussi musculaire et postural. La cadence s’était cassée d’un coup, et ce que je prenais pour un simple souffle court était plus large que ça. Je ne sais pas si tous les chevaux réagissent pareil, mais le mien m’a parlé sans détour.
J’ai aussi vu le piège de la reprise trop tôt. Quand j’ai voulu repartir sans vraie pause, il m’a semblé aller mieux sur quelques mètres, puis il s’est remis à peser sur la main. Depuis, je laisse 10 minutes de pas calme avant de penser à autre chose.
Je me suis surtout rendue compte que la montée ne pose pas le même effort selon la manière de monter. Un cheval peut garder une allure correcte et, dans le même temps, marcher sur les épaules. C’est là que le dos chauffe plus vite et que l’amplitude derrière se réduit.
Sur le moment, j’ai aussi pensé à l’après. Si la raideur du dos persistait au retour, je ne bricole pas et je prends un avis vétérinaire, parce que sans être vétérinaire ni monitrice, pour tout ce qui touche la santé du cheval. Je ne sais pas lire ça seule quand la gêne dépasse la simple fatigue de sortie.
Ce que je retiens de cette montée et ce que je referais autrement
Cette montée m’a laissé une idée très claire. Un cheval ménagé en côte récupère plus vite, avec moins de mousse blanche et moins de raideur dans le dos. Quand je l’ai laissé respirer, j’ai regardé trois repères très simples pendant les 5 minutes suivantes: les flancs, l’encolure et l’appui sur la main. J’ai vu ses flancs se calmer au pas, son encolure redevenir plus mobile et son contact s’alléger quand la pente s’est faite moins dure.
Je ne referais pas le départ trop franc, ni l’assise lourde dans la pente. Je garderais le pas dans la première moitié, je me lèverais à plusieurs reprises dans les étriers, et je ne relancerais pas au sommet sans vraie pause. J’ai fini par comprendre, quelque chose de simple, et je l’ai compris dans la terre sèche de la Combe à la Serpent.
Avec mes deux enfants, quand on marche ou qu’on roule à vélo sur les chemins du coin, je retrouve la même logique. J’accepte mieux les allures modestes quand le terrain monte, et je laisse le cheval finir sans lui voler son souffle. Pour moi, marcher dix minutes à côté change déjà la lecture de la pente, parce qu’on voit tout de suite si le cheval récupère ou s’il se crispe encore.
Je suis rentrée avec les bottes poudreuses et la nuque un peu raide, mais l’image du dos creusé m’est restée. Cette sortie m’a rappelé que le vrai confort ne se joue pas dans la vitesse, mais dans la façon de monter sans casser le cheval. Quand je repasserai par la Combe à la Serpent, je regarderai la pente autrement, et je ménagerai ma monture dès les premiers mètres.



