Perdre le balisage sur un sentier m’a réconciliée avec la carte papier

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Le bord de ma carte IGN 1/25 000 collait à mes doigts froids, devant la Maison Forestière de Franchard. Le poteau jaune avait disparu derrière un lierre, et la marque rouge pâlissait sur un tronc gris. J’étais sûre de moi quand je suis partie, puis j’ai été frappée par le silence du carrefour. Mon cheval a soufflé, et j’ai sorti le papier avant de m’entêter.

Ce que j’espérais avant de partir, et ce que je ne voyais pas venir

en Bourgogne rurale près de Dijon, mes deux enfants avec moi. Je pars seule une fois sur deux, et par moments avec eux à pied, quand je veux marcher sans courir. En tant que cavalière de randonnée, j’ai appris à compter mes affaires. Je garde du matériel simple, une veste qui plie bien, une gourde, et une carte qui ne prend pas de place.

Je comptais presque uniquement sur le balisage. Le secteur de Fontainebleau me semblait clair dans ma tête, parce que les marques jaunes m’avaient déjà paru fiables sur d’autres sorties. Je n’aimais pas m’arrêter en plein bois pour ouvrir une carte. J’aimais garder les mains libres sur les rênes, sentir le pas du cheval et suivre la prochaine marque sans casser le rythme.

J’ai longtemps été convaincue que la carte papier me ralentirait. Le téléphone me paraissait un secours suffisant, même si je voyais déjà l’écran baisser au bout de quelques heures. Je pensais aussi qu’une carte, c’était pour avant la sortie, pas pendant. Ce jour-là, j’ai compris que je confondais confort et assurance, et que je me trompais de sens à chaque doute.

J’ai fini par voir que ça n’allait pas comme prévu

Je suis partie un jeudi de mars, vers 10 h 20, pour une boucle annoncée à 4 heures dans la forêt. Le ciel était couvert, mais le sol restait sec, avec cette odeur de feuilles écrasées qui monte quand le bois chauffe à peine. J’avais un sac léger, une gourde, et la carte pliée dans une pochette souple au fond de la veste. Mon cheval avançait d’un pas franc, et je n’avais pas envie de casser cette allure pour regarder le papier.

Le premier carrefour est arrivé plus vite que prévu. Le petit poteau de balisage était placé après l’intersection, pas avant, et ça change tout quand on a déjà engagé la monture. La peinture jaune avait viré au rose pâle sur le tronc gris, et un lierre cachait la moitié du trait blanc. J’ai suivi le chemin qui semblait le plus propre, sans lever la carte. Le sentier partait franchement, presque trop bien, et c’est ce côté net qui m’a trompée.

Quinze minutes plus tard, le sol a changé sous les sabots. Le passage est devenu une trace étroite, glissante sur les feuilles, puis l’herbe haute l’a avalé par endroits. J’ai hésité, j’ai fait dix mètres en arrière, puis j’ai regardé autour de moi sans rien retrouver de cohérent. Le relief ne collait plus. J’avais une légère descente à gauche, alors que la carte annonçait un fond plus marqué. Je me suis retrouvée à tourner sur place, et ça m’a saoulée, franchement.

J’ai déplié la carte sur l’encolure, avec le doigt posé sur le carrefour à surveiller. Le papier a pris un peu de vent, puis je l’ai replié juste sur la bande utile. Les courbes de niveau montraient un talweg que je n’avais pas vu depuis le chemin. J’ai compris d’un coup que j’avais pris la mauvaise sortie au moment de quitter l’axe principal. Je me suis sentie tout de suite plus calme, parce que le dessin m’expliquait enfin ce que le terrain cachait.

La correction m’a pris moins de temps que l’hésitation. J’ai repris une branche latérale et je suis revenue vers le bon passage après une petite déviation d’environ 200 mètres. Plus tard, sur un autre détour, mes doigts mouillés ont rendu le pli glissant, et la carte a gondolé après deux ouvertures rapides. Je m’en suis servie quand même, mais j’ai compris qu’elle demandait un minimum de soin. Rien de spectaculaire. Juste des mains un peu patientes.

Ce que je sais maintenant et que j’ignorais ce jour-là

Depuis cette sortie, je regarde d’abord la forme du terrain. La carte papier me donne une vue d’ensemble que je n’avais pas sous les yeux quand je suivais seulement les marques. Je vois les échappatoires, les passages serrés, les routes à traverser et les fonds humides avant d’y entrer. Pour le cheval, ça change le ton de la sortie, parce que je n’arrive plus au point de doute en découvrant tout au dernier moment.

J’ai aussi compris mes erreurs les plus bêtes. Suivre une marque sans vérifier l’orientation m’a déjà envoyée vers un chemin qui s’éloignait doucement de l’itinéraire. J’ai pris une trace trop nette pour un vrai sentier, puis je me suis retrouvée devant une clôture basse et une coupe récente. Quand je ne tourne pas la carte avec le terrain, je confonds la gauche et la droite au départ d’un chemin principal, et je perds des minutes pour rien.

La carte IGN 1/25 000 me suffit pour une demi-journée, par moments pour une journée plus tranquille. Je la plie par secteur, avec le pouce ou le stylo posé sur le carrefour qui compte. Les courbes de niveau m’aident plus que les panneaux quand la pente se resserre ou qu’un talweg apparaît sans prévenir. Le balisage effacé par le soleil sur un tronc gris, ou caché par une branche basse, se voit trop tard. La carte, elle, garde la logique du relief, même quand la peinture disparaît.

Mon bilan après cette mésaventure, ce que je sauve, et ce que je remise

Après cette boucle, je suis rentrée plus prudente. J’ai changé ma manière de préparer la sortie, et je ne pars plus sans regarder les carrefours avant de seller. Je repère aussi les zones sans balisage et les sorties possibles, puis je garde la carte pliée par secteur. Le téléphone reste dans le sac, pas au centre de ma confiance. En trois heures, sa batterie avait déjà baissé de moitié, et ce chiffre m’a suffi.

Je referais sans hésiter la même préparation. Quand je suis partie avec mes deux enfants à pied autour de la ferme, j’ai appliqué le même geste avant de quitter le chemin creux. J’ai gagné du temps au carrefour suivant, parce que je savais déjà où regarder. Ma pratique de cavalière de randonnée m’a appris que ce petit arrêt évite bien des allers-retours et garde la sortie plus fluide.

Je ne repartirai plus sans carte papier, ni en me fiant au seul point bleu du téléphone. Je ne suivrai plus une trace sous prétexte qu’elle a l’air large. Je ne laisserai plus un petit poteau placé après le croisement décider à ma place. Quand le terrain me brouille les repères, je préfère revenir au papier plutôt que m’obstiner. Ce soir là, j’étais fatiguée, mais je suis rentrée avec un vrai soulagement.

Cette mésaventure m’a servi dans mes sorties seule, mais aussi quand j’emmène mes enfants sur les chemins. Pour moi, la carte papier reste plus parlante qu’un écran noirci sous les arbres. Je n’en fais pas une règle absolue, juste une habitude qui tient bien quand le balisage disparaît, comme à Franchard ce jour-là. Depuis, ma carte IGN 2417 OT de Fontainebleau garde une tache de boue près du pli du carrefour. Je la vois, et je sais exactement pourquoi je la garde encore dans la poche.

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